Tribunes / février 11, 2018

Baccalauréat : la nécessaire revalorisation d’une épreuve à bout de souffle

Le Baccalauréat est aujourd’hui en crise, son fonctionnement bâti sur un système de filière vieillissant, cloisonnant sciences, économie et littérature ne répond plus aux besoins de la société. Il est victime d’un nivellement par le bas, ce qui lui fait perdre de sa valeur. En outre, chaque année ce sont 98 000 élèves qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme. De plus, certaines matières n’intéressent que certains élèves ce qui rend plus difficile leur apprentissage. Enfin, la concentration des matières lors d’une session unique au mois de juin occulte les résultats obtenu durant l’année. L’obtention du Bac et les résultats obtenus durant l’année sont alors déconnectés.

Emmanuel Macron avait promis durant sa campagne de « moderniser » l’examen final du secondaire, le Baccalauréat. C’est à Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale, qu’incombe cette tâche. Dès lors, un plan majeur de réforme a été proposé, réalisé par Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille. Ainsi, le rapport Mathiot propose une refonte complète du Baccalauréat. Tout d’abord, il annonce la fin des longues sessions d’épreuves écrites de Juin, les élèves passant désormais 5 épreuves contre une dizaine aujourd’hui. De ce fait, la session d’examen de Juin perd de l’importance lors de l’obtention du diplôme ce qui valorise le travail du lycéens tout au long de l’année. Cette nouvelle réforme apporte divers changements. Introductions de nouvelles épreuves, mise en place d’un grand oral ou encore fin des rattrapages : autant d’éléments qui diversifient l’examen et poussent à le revaloriser.

La note du baccalauréat serait répartie comme suit : les épreuves issues de la session de juin compteront pour 60% de l’examen réparties comme ceci : l’épreuve de philosophie, qui ne sera pas en contrôle continu, comptera pour 10% ; de même pour les épreuves de français passées durant l’année de 1ère qui seront conservées et compteront également pour 10% de la note finale ; la nouvelle épreuve du grand oral qui comptera pour 15% ; et enfin les 25% restants seront composés des deux épreuves majeures choisies par le bachelier.

Deux grandes nouveautés donc dans cette réforme : un grand oral et un système de matières aux choix classées en deux catégories : majeures et mineures. Concernant l’oral d’abord, il s’agit d’un exercice nouveau hérité des grandes écoles françaises et du système italien. Cette forme d’examen est nécessaire pour le jeune qui sera confronté dans son futur à des examens oraux ou des échanges dans le cadre professionnel.  Toutefois, il est important de préciser que le Ministère n’a toujours pas tranché sur les détails de ce Grand Oral même s’il semblerait qu’on tende à se rapprocher de ce qui se fait dans les IEP comme Sciences Po, ou encore au cours des TPE déjà au Bac en 1ère, c’est-à-dire un oral pluridisciplinaire diplômant.

Le système d’épreuves « mineures » et « majeures » est la seconde grande nouveauté, calquée cette fois-ci sur le modèle anglo-saxon. En effet, une des clés de cette réforme est la personnalisation de l’examen. L’élève pourra choisir des couples de matières qui lui permettront d’organiser ses études du secondaire en fonction de son projet professionnel ou de ses centres d’intérêt. Aussi le nouveau bac se basera autour d’un tronc commun à tous les lycéens, composé du sport, des langues vivantes, de l’Histoire-Géographie, des mathématiques et du français en 1ère ou de la philosophie en terminale. Autour de ce tronc commun graviteront 4 matières que les élèves choisiront, 2 dites « majeures » et 2 dites « mineures ». Par ce choix, le futur bachelier pourra choisir de lier une passion pour les sciences dures et les sciences humaines.

Il est intéressant de rappeler que nous, Jeunes Républicains des Alpes-Maritimes, avions déjà évoqué cette modularisation de la scolarité des élèves au cours des « Vendredis de la jeunesse des idées » organisés autour du député de la 5ème circonscription des Alpes-Maritimes Marine Brenier. Aussi, l’ajout d’une formation continue permet aux élèves de baccalauréats professionnels et technologiques de joindre plus facilement la filière générale et inversement, ce qui permettra de combler les ratés de l’orientation en fin de collège.

Troisième grande nouveauté avec cette réforme : la suppression des épreuves de rattrapages. En effet, jusqu’à maintenant les lycéens ayant obtenu une moyenne comprise entre 8 et 10 sur 20 aux épreuves étaient convoqués à une deuxième session composée d’épreuves orales de rattrapage. L’occasion de tenter de « gratter » des points et ainsi sauver leur diplôme. C’était là encore la marque d’un diplôme bradé où tous les moyens étaient bons pour que le plus grand nombre puisse le décrocher, en retirant tout réel intérêt, mais surtout toute valeur. Désormais la réforme prévoie de supprimer ces séances de rattrapage. Ce sera à un jury examinateur d’étudier le dossier scolaire de l’élève pour décider d’accorder ou non les points manquants à l’élève en fonction de ses différentes notes, appréciations et comportements. Cette étude du dossier de l’élève constituerait ainsi une valorisation de son parcours, excusant un échec malencontreux par une prise en compte de son mérite.

Cependant, cette nouvelle réforme du baccalauréat dérange du fait de son ampleur. Le premier syndicat de professeur de France, le SNES, a répondu à l’appel à manifester le 1er Février. De plus, l’ajout du Grand Oral fait peur aux élèves car la pression de l’examen serait selon eux trop dure et déconcertante. Les oraux étant minoritaires durant les études secondaires, les élèves ne sont pas préparés à ces exercices et émettent des difficultés à ce sujet. Dès lors, il serait intéressant de multiplier les oraux comme cela se fait en classe préparatoire avec les « kholles », oraux d’une trentaine de minutes sur des sujets prédéfinis, pour préparer ceux qu’ils passeront pour leur examen terminal ainsi qu’au cours de leurs études supérieures.

Cette réforme est, malgré quelques contestations, très attendue et appréciée. On estime que 8 élèves sur 10 y sont favorables. De plus, avant que la réforme ne soit rendue publique, les Républicains déclaraient, par l’intermédiaire de la Vice-présidente de l’Assemblée nationale Annie Genevard que cette réforme devait être axée autour de deux points majeurs : l’acquisition des fondamentaux et l’exigence. Avec le tronc commun, on peut espérer voir les fondamentaux honorés. Quant à l’exigence, celle-ci peut sembler accrue avec la diversification des épreuves et l’ajout de la formation continue. Ainsi, sur le papier cette réforme est une bonne nouvelle pour l’Éducation nationale. Mais il va falloir attendre les précisions quant aux programmes scolaires et notamment le contenu des programmes des élèves du secondaire.

Quoiqu’il en soit, il était urgent de reformer cette épreuve et ainsi redonner de la valeur au Baccalauréat, de sorte à ce que les grandes écoles post-bac puissent à nouveau considérer les mentions et valoriser une personne qui aura vraiment des compétences, et non pas un bachelier qui aura eu sa mention car il aura été noté sur 24 sur une épreuve capitale comme cela a été trop souvent le cas ces dernières années. Sur un sujet comme celui-ci, on ne peut que saluer le volontarisme et la détermination de Jean-Michel Blanquer, qui tranche radicalement avec les 5 années de démolition de l’Éducation nationale qui a frappé notre pays sous le quinquennat de François Hollande. Parce qu’on ne peut transiger avec la scolarité, avec l’instruction, avec les fondamentaux, nous serons particulièrement vigilants avec les Républicains à ce que cette réforme se concrétise dans sa totalité tant elle est ambitieuse et bienvenue.