Tribunes / mars 18, 2018

Quelles politiques culturelles pour les jeunes ?

Si la culture a toujours occupé une place importante dans notre société, les politiques culturelles ont, quant à elles, tardé à se développer.

Historiquement, la politique culturelle est née en 1958 sur l’égide du tandem Malraux et De Gaulle. Initialement, si l’Etat s’est intéressé à la culture c’est, d’abord pour le prestige : nulle n’est sans connaître l’immense richesse culturelle de la France, de son patrimoine centenaire voire millénaire, mais aussi de son rayonnement actuel, avec cette culture du cinéma comme au Festival de Cannes, de la littérature, de sa gastronomie. Mais surtout, la politique culturelle permet un contrôle sur les artistes, et ainsi la mise en place d’un encadrement financier particulier. C’est peut être sur ce dernier point que l’exception culturelle se dégage, car la culture n’est pas une activité économique comme les autres.

Mais qu’est-ce que la politique culturelle territoriale telle qu’on l’entend aujourd’hui ?

Une politique culturelle territoriale est l’armature nécessaire pour un développement culturel responsable et durable. Elle est la feuille de route regroupant les orientations que les pouvoirs publics souhaitent développer et mettre en œuvre sur le territoire.

Comme tout pouvoir public, elle fixe les objectifs et définit les moyens pour y parvenir. Elle est la traduction d’une stratégie construite pour un territoire donné. Ses objectifs se construisent sur mesure, à partir de caractéristiques locales, de son contexte, de son histoire et de sa société civile.

Définir et mettre en œuvre une politique culturelle est une démarche dynamique et évolutive qui se renouvelle et s’ajuste régulièrement.

Le réel défi, c’est de ne pas se perdre. Ne pas se perdre dans l’évolution des pratiques des jeunes, qui se trouvent des intérêts qui diffèrent beaucoup de ceux des générations précédentes, notamment lorsqu’il est question de la génération Z, cette génération née à partir de 1995, qui n’a pas connu le monde sans l’omniprésence d’internet ou autres smartphones.

Les enjeux de notre société actuelle est de savoir réagir à ces quinze dernières années, durant lesquelles les technologies de l’information et de la communication (TIC) se sont développées de façon exponentielle. Là où la culture dans le sens classique de terme, suivait son cours, l’apparition presque soudaine des TIC force la politique culturelle et la culture en général à s’adapter. Les jeunes se voient détenteurs d’une forte autonomie sans indépendance, grâce à l’accès facilité aux informations, à l’apparition des réseaux sociaux, à la possession d’un appareil permettant l’accès à internet.

Cette année, le président de la République a annoncé une série de mesures culturelles pour les jeunes. Son objectif ? Que 100% des enfants aient accès à une éducation artistique. Pour ce faire, Emmanuel Macron annonçait dans son programme une généralisation de la pratique artistique au cœur de l’école, créant des « centres artistiques inter-établissements en lien avec les acteurs culturels locaux », dans le but de lutter contre les inégalités d’accès à la culture.

Autre mesure annoncée, l’ouverture des bibliothèques le soir et les weekends, comparant le nombre d’heures d’ouvertures hebdomadaires des bibliothèques françaises, avec 41h en moyenne dans les grandes villes, contre 98h par semaine à Copenhague par exemple.

Enfin, le gouvernement avait annoncé une dernière mesure concernant la création d’un Pass Culture de 500€, lui permettant d’accéder à une multitude d’activités culturelles comme les musées ou théâtres, en passant par le cinéma ou les livres, et concerts…

Ainsi, au cours de la Commission culture des Régions de France qui s’est tenue à Paris le 14 novembre dernier, Christian Estrosi a affiché son soutien à cette mesure et a proposé un contribution financière de la part des régions pour le pass jeunes à 500€.

De même, la région Provence Alpes Cote d’Azur, a lancé en 2017, le « e-Pass Jeunes », une carte qui permet aux jeunes de la région de bénéficier de réductions et de bons plans pour l’achat de produits culturels comme des places de cinéma, de concert ou de spectacle.

Christian Estrosi, alors Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, s’est particulièrement enthousiasmé de la mise en place de cette offre culturelle à destination des jeunes. En effet, lancé il y a 1 ans aux cotés de Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et de Ludovic Perney, conseiller régional délégué à la jeunesse, le Pass jeunes est un nouveau service pour les jeunes mis en place pour faciliter l’accès à la culture. Ce nouveau pass accorde 60€ de dotation culturelle auprès de plus de 500 partenaires culturels, contre 50€ pour la précédente mandature de Monsieur Vauzelle.

Cependant, plutôt qu’une initiative nationale, régionale voire parfois estudiantine, il peut être pertinent de centraliser le budget et l’initiative auprès des Régions, car tous les territoires n’ont pas la même offre culturelle, ni la même histoire. Par exemple, Paris est riche de musées, Nice est riche de son histoire et son cadre lui a permis d’accueillir de nombreux artistes à la recherche d’inspiration comme Renoir ou encore Matisse. Mais quid des autres territoires ?

Chaque territoire a une histoire, un patrimoine, une culture qui lui sont propres. Aussi, il est difficile d’imposer par le haut, c’est-à-dire au niveau national, une politique culturelle, même à destination des jeunes. C’est pourquoi il pourrait être intéressant que l’État décentralise cette politique culturelle à destination des jeunes aux régions en leur attribuant un budget permettant la mise en place de cette politique culturelle jeune tout en s’assurant un droit de regard quant aux politiques menées, permettant ainsi à chaque région de proposer une offre culturelles plus adaptée aux spécificités locales.

Cela permettrait à ces deux collectivités que sont l’État et la région de mettre en commun leurs moyens pour proposer un budget commun et d’avoir en la matière une politique plus ambitieuse. On pourrait également aller plus loin dans cette proposition en prenant en compte d’autres initiatives déjà en place. L’Université Côte d’Azur propose à chaque étudiant au moment de son inscription de s’acquitter d’un forfait de 30 euros en échange notamment d’un accès à des offres culturelles à tarif avantageux. Pourquoi les moyens mis dans cette politique ne seraient pas ajoutés à ce budget commun évoqué plus tôt ? Plus le budget consacré à l’accès des jeunes à la culture sera conséquent, plus l’offre sera intéressante et riche.

Mais la culture n’est pas seulement une chose belle à contempler, c’est aussi un facteur d’émancipation et un créateur de lien social. En effet, elle nous permet de développer notre esprit critique, d’assouvir une certaine soif de connaissance, et d’accroitre notre culture générale. De plus, elle est créatrice de lien social car elle permet au travers des œuvres culturelles, de regrouper des individus. Expositions, concerts, vernissages, concours, les gens s’y retrouvent et se retrouvent lié par l’œuvre culturelle, échangeant parfois leurs impressions, créant ainsi de nouvelles relations.

Un autre moyen d’amener la culture aux jeunes et de prendre en compte la modernité et le changement de certaines pratiques. Aussi s’inscrit dans ce cadre le « street art » ou art dans la rue. Les premières choses qui viennent à l’esprit de la plupart des personnes à l’évocation du street art sont des tags dégradant les bâtiments ou infrastructures, sans véritable intérêt ou prouesse artistique. Quelle erreur ! En effet, c’est avoir du street art une vision extrêmement réductrice et très peu actuelle sur le sujet. Il ne vient à l’idée de personne de dire des fresques sur les bâtiments ou des trompes-l’oeil qu’il s’agit de quelque chose de désagréable à regarder. Pourtant il s’agit bien là d’une forme d’art dans la rue. Et quand bien même nous resterions dans le cadre des « tags », force est de constater que certaines réalisations sont très bien faites. C’est dans ce cadre qu’à Nice le street art est encouragé tout en étant encadré, permettant une prolifération de ces réalisations sans tomber dans le pendant négatif d’une dégradation. C’est le cas des Puces de Nice où 6 cadres sont régulièrement renouvelés et permettent cette forme d’expression. Preuve supplémentaire s’il en fallait de ce changement d’appréhension par les citoyens, à Nice ce sont les comités de quartier eux-même qui appellent à plus de réalisations de ce genre, comme pour le tunnel de la voie rapide au niveau de Fabron.

Pour les communes, l’avantage est autre : répandre la culture dans la ville à moindre coût. En effet, les villes sont de moins en moins capables de payer pour des oeuvres. Alors des artistes, le plus souvent locaux, pratiquent la mise à disposition d’oeuvres pour une durée limitée dans le temps mais renouvelable. C’est le cas du Niçois Ben et de sa réalisation exposée sur une place de Nice, ou encore de l’oeuvre de Sosno exposée depuis près de 20 ans derrière la Bibliothèque Louis Nucéra, mise à disposition pour une durée d’un an depuis toujours renouvelée.

Le street art ne se limite pas non plus au domaine visuel, mais peut aussi toucher d’autres sens, notamment à travers l’art musical. Des musiciens aux jeunes se livrant au break-dance, nos places publiques gagnent à être ainsi animée par des spectacles populaires et gratuits. Toutefois, aujourd’hui aucun cadre légal n’encadre ces représentations et les seules règlementations doivent être prises à l’initiative des communes, comme ce sera bientôt le cas à Nice en collaboration avec le pianiste de rue Steve Villa-Massone. Autre piste en voie de réflexion à Nice : faire un circuit dans la ville permettant de découvrir les diverses expressions de street-art, sur la piste du « street-art tour » déjà existant à Marseille.

Au regard de ces éléments, il semble intéressant d’inciter les communes à s’ouvrir au street art. Il s’agit d’un moyen de permettre à la culture de se répandre dans toute la ville, de lui permettre d’aller à la rencontre des gens en sortant des musées. En montrant que l’art et la culture ne sont pas seulement affaires de tableaux séculaires exposés dans les musées parisiens, les jeunes se sentiront probablement plus atteint par la culture et donc plus à même de s’y intéresser. Toutefois, pour que ces pratiques ne virent pas à l’anarchie la plus totale sur l’espace public, il convient d’encadrer l’expression de ces pratiques. Il ne convient absolument pas de faire un tri dans l’art, mais plutôt de faire en sorte qu’il n’y ait aucun excès ou trouble causé aux riverains.