Tribunes / mai 13, 2018

Comment lutter contre les fake news, fléau d’une société ultra-connectée ?

La quête de l’information a toujours été un facteur déterminant de notre société. Toutefois, s’assurer de la véracité d’une information de nos jours relève presque du défi. Avec des sources d’information qui affluent, du contenu variable selon ses sources, la question de l’authenticité devient de plus en plus problématique. C’est là que se pose la question des communément dénommées Fake News.

Annoncé au début de l’année par Emmanuel Macron, un projet de loi visant à cadrer les fake news sera mis en place au cours de son quinquennat. Malgré l’existence d’une loi datant de 1881 réprimant notamment la propagation de nouvelles fausses, fabriquées ou attribuées à tort à des tiers dès lors que cet acte cause un trouble à l’ordre public, la question a été posée par le gouvernement de prévoir un nouveau texte législatif visant à sanctionner la diffusion de ces fausses nouvelles en période électorale. Ainsi, les prémices de ce nouveau projet de loi renforceraient les pouvoirs du CSA, autorisant un juge à déréférencer un site sous 48 heures lors desdites périodes. À cela s’ajouterait une coopération entre les fournisseurs réseaux et géants des réseaux sociaux, imposant aux internautes de signaler les fake news. 

Quels sont les tenants et aboutissants de l’information et de la fake news ?

Tout le monde s’informe. S’informer permet d’être au courant de ce qu’il se passe autour de nous, dans notre ville, dans notre pays, dans le monde. Cela permet d’obtenir des renseignements sur une pléthore de sujets, de la météo à la circulation, mais aussi sur la justice, politique, faits divers, sans oublier l’actualité en générale. L’information peut être concise ou développée, passant par une brève ou un reportage. Selon certains, elle permet tout simplement d’être un bon citoyen : un homme averti en vaut deux, comme le veut le célèbre proverbe.

Au fil des décennies voire des siècles, les médias se sont largement développés. D’abord par l’imprimerie, avec notamment la Gazette en 1631, puis la radio grand public pendant l’entre-deux-guerres, suivi de très près par la télévision autour des années 1950. Mais la plus grande évolution, ou révolution, est sans conteste l’avènement d’internet, ce réseau de l’instantanéité, qui apporte son lot d’avantages, mais aussi de nombreux et fâcheux inconvénients. Parmi tous ces médias et leurs évolutions, une différence majeure se démarque : n’importe qui ou presque, peut être facteur d’informations.  Au fur et à mesure que les moyens d’information ont évolué, les personnes à l’origine des informations ont également évolué.

La loi de 1881 le démontre : la diffusion de fausses informations dans le but de nuire n’est pas un fait nouveau. Toutefois, il est difficile de nier que l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont amplifié leur résonance.

Là où il en 1955 on comptait près de 6 800 cartes de presse, on en compte 35 000 en 2017. Si les médias traditionnels ont massivement évolué, l’arrivée parallèle des réseaux sociaux à bouleversé les habitudes de tous.

Depuis plus de dix ans, ils se sont imposés dans notre société, dans nos vies. Parce que le premier réseau social Facebook revendique fin 2017 plus de 2,3 milliards d’utilisateurs actifs par mois, il est impensable pour quelque société que ce soit de se passer de ce support de communication. De ce fait, la présence des grands journaux sur ces réseaux n’a rien de surprenant, cependant, ils doivent faire face à de nouvelles entités. Car avec les réseaux sociaux, chacun peut se prendre pour un reporter sur le terrain, mais chacun peut également contribuer à rendre viral une information, qu’elle soit vraie ou non.

Il est très facile de créer un nouveau canal d’informations : en créant un site internet et en y reliant une page Facebook, générer une importante audience n’est pas compliqué. Chacun pourra depuis son propre profil partager du contenu, contenu que sera visible par ses amis, encore partageable indéfiniment, propageant l’information vérifiée ou non sans limite.

Selon Julien Cadot, rédacteur en chef de Numerama, interviewé par Franceinfo le 9 mars 2018, après une étude sur les origines des Fake News, les « déclencheurs qu’ont découverts les chercheurs, c’est une pulsion tout à fait humaine de vouloir être maître et relais d’une nouveauté, d’une information qui n’est pas en phase avec le canon, avec ce qu’on sait ». Les réseaux sociaux ont développé une certaine superficialité chez certains de ses utilisateurs, toujours en quête de plus de « likes », de partages, d’influence. Certains tirent une certaine sensation, proche de la « fierté ou de reconnaissance sociale sur les réseaux sociaux ». Ce besoin du buzz, de la célébrité illusoire que peut offrir une notoriété très limitée, est le vrai danger des réseaux sociaux.

Au-delà de cette appréhension qui relève plus de la sociologie, il est important de comprendre les impacts de la rapidité de propagation des informations grâce aux réseaux sociaux. En effet pendant longtemps l’information ne paraissait que le matin dans la presse papier, laissant le temps aux équipes presses de réagir à d’éventuelles informations importantes. Puis les journaux télévisés ont réduit ces délais, avant que les chaines d’information en direct ne s’imposent dans le paysage public, mettant les nerfs des communicants à rude épreuve. Mais si certains pensaient avoir assisté au summum de cette instantanéité alors que deux chaines privées de la TNT s’étaient rangées dans cette nouvelle catégorie, une autre calamité arriva dans les radars des équipes de communication : les réseaux sociaux. Informations qui fuient en direct de conseil de ministres, des équipes d’hommes politiques, des conseils d’administration de groupes : cette fois-ci, l’information peut venir de partout, car chaque utilisateur peut être le point de départ d’une information potentiellement virale et destructrice, et plus une poignée d’individu, les journalistes. S’est alors lancée une course à l’échalote entre les réseaux sociaux qui semblent avoir bien souvent la primeur de l’information, et les chaines qui n’hésitent plus à braver les règles de l’éthique pour avoir une information exclusive justifiant leur existence, comme lors de la couverture des attentats de Novembre 2015. Et force est de constater que le voyeurisme des citoyens pousse tant les usagers des réseaux sociaux que les médias « traditionnels » à accélérer. Conséquence logique de ce « succès » : la multiplication de chaînes d’informations en continue, dont une publique, et le développement de médias alternatifs, promettant de traiter l’information de manière « indépendante ». Et c’est derrière ce masque de fausse pudeur que se révèlent le plus souvent les plus dangereux vecteurs des fausses nouvelles, ou « fake news ».

Les fake news se manifestent sous plusieurs formes. 

La forme la plus courante est, sans doute, la minimisation ou aggravation d’une information. On compte par exemple l’utilisation de mauvais visuels pour illustrer une information (graphiques erronés, photos non-exhaustive), mais aussi les sorties de contexte de propos maladroits. Ici, l’information est manipulée, mais il est encore possible pour l’esprit critique et actif devant l’information que chacun devrait garder de le remarquer et de passer outre.

Le problème est plus important quand le vice est poussé à l’extrême, et où l’on ne recherche plus à amplifier une information, mais à la transformer pour qu’elle puisse mieux attiser les émotions du récepteur de l’information. Exemple le plus récent : le Média, site d’actualité alternatif proche des Insoumis, a annoncé, dans un article qu’un étudiant de Tolbiac était dans le coma. L’article était illustré avec une photo datée du 1er octobre 2017 et prise en Espagne, lors du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, alors qu’au même moment, le passé militant des deux sources d’informations ont révélé qu’il ne s’agissait que d’une calomnie destinée à décrédibiliser le gouvernement, suggérant des théories du complot, afin de rallier le plus grand nombre d’individus à leur cause. D’une part, l’utilisation de la photo était fallacieuse, d’autre part le relai d’une fake news basée sur des « on-dit » n’est pas tolérable de la part de quiconque prétend être un média. Depuis dé-publié, l’impact premier de l’article est resté, révélant la difficulté à se relever d’une fausse information.

Comment lutter contre les Fakes News ?

Devant pareil constat, il est difficile de voir une réelle utilité au nouveau texte proposé par le gouvernement. Si la diffusion de fausses informations au cours d’une période électorale peut avoir des conséquences gravissimes en changeant le résultat d’une élection et donc potentiellement de la direction de l’État, on ne peut réduire ce fléau qu’à ces périodes. Nous suggérons en lieu et place le renforcement du texte déjà existant, en reprenant l’arsenal de sanction proposé par la nouvelle loi et en l’ajoutant à celui déjà existant. En outre, on pourrait concevoir un mécanisme fondé sur le signalement auprès du CSA par un certain nombre d’individus qui permettrait l’ouverture d’une enquête par l’organisme qui pourrait aboutir à diverses sanctions dont la gravité pourrait par exemple être proportionnée au caractère volontaire de la diffusion de l’information erronée.

Mais il n’y a pas de secret : ce n’est pas l’arsenal législatif qui permettra d’endiguer la propagation de fausses informations, mais bien le récepteur du message lui-même, autrement dit, nous. Ce n’est qu’en arrêtant d’être passif face à l’information que l’on nous sert que l’on pourra passer outre ces fausses informations. 

Avant toute chose il faut vérifier la source. Est-ce un média connu ? Est-ce un site parodique ? Un journal national ? Après, il faut examiner la construction de l’article : des précisions sont-elles utilisées ? Noms, dates, lieux ? Enfin, prendre connaissance des illustrations et s’assurer de leur authenticité comme pour le cas de l’étudiant de Tolbiac dans le coma. Enfin, se demander qui est l’auteur de l’article, si c’est officiel (gouvernement, instance officielle…). Pour aider dans cette tâche, des outils existent. Par exemple, le journal Le Monde a lancé son outil Décodex permettant d’identifier rapidement les sites réputés pour diffuser régulièrement des informations fausses, modifiées, biaisées.

Il n’est pas réaliste de se dire que les fake news disparaitront. Un cliché ou des propos sortis de leurs contextes pourront, même sans mauvaise intention, s’avérer fatals envers le principal intéressé. Néanmoins, il est de notre devoir de faire attention à ce que l’on diffuse, tweet, retweet, partage sur les réseaux sociaux sans s’assurer de l’information.