Tribunes / janvier 28, 2018

Faire de la lutte contre le malaise des forces de l’ordre une priorité

Au cours de l’année 2017, 62 membres des forces de l’ordre ont mis fin à leurs jours. Ce terrible chiffre témoigne de la pénibilité des métiers de ceux qui nous protègent.

Les syndicats de policiers alertent sur le malaise grandissant dans leurs rangs. Les policiers réclament des réformes profondes. Selon une récente étude réalisée par les syndicats, ils seraient près de 71% à estimer ne plus pouvoir faire face à leur charge de travail.

Depuis plusieurs années, leurs missions ne cessent de s’alourdir et le contexte terroriste n’a fait qu’accentuer le problème. Le malaise des forces de l’ordre est palpable et il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Surcharge de travail, locaux vétustes, manque d’informations et multiplication des textes législatifs, la police est à bout de souffle. Elle se sent de moins en moins soutenue par sa hiérarchie et la population.

A cela se rajoute la frustration de ne pas avoir les moyens matériels et humains afin d’effectuer son travail correctement et en profondeur. Cette situation est aggravée par la surcharge des tâches annexes, notamment administratives, et le manque de formation sur les nouvelles procédures pénales. Selon une grande majorité des policiers, les évolutions législatives successives ont accru le travail des agents. Ces lois ont également rendu trop contraignants les droits des gardés à vue. En cause, notamment, le renforcement de leurs droits avec la présence d’un avocat lors de leurs auditions.

Le Ministre de l’Intérieur poursuit aussi une promesse du Président de la République, Emmanuel Macron, la création de la police de sécurité du quotidien. La police de sécurité du quotidien ne devrait pas être une nouvelle force. L’objectif n’est pas de réactiver des solutions qui ont été des échecs par le passé. Elle servirait à développer toutes les initiatives qui pourraient faciliter l’exercice des missions des forces de l’ordre et accroître leur efficacité. Le but final serait de répondre au légitime désir de sécurité exprimé des Français.

Bien qu’intéressante, cette mesure peut laisser dubitatif. Les fonctionnaires pointent le flou du projet et le manque de moyens annoncés. Il semblerait que la police de sécurité du quotidien sera plus un concept, une nouvelle définition des missions de sécurité publique que la création d’un service de type police de proximité. La grande concertation de l’automne 2017 n’a pas beaucoup fait avancer la mesure. Il faudra attendre les premières conclusions des expérimentations pour savoir si la police de sécurité du quotidien est efficace.

Dans le même temps, la loi antiterroriste de novembre 2017 qui a pris le relais de l’état d’urgence a renforcé l’arsenal juridique. Elle permet aux policiers de pouvoir mieux faire leur travail avec moins d’entraves et sans remettre en cause l’état de droit ainsi que nos libertés fondamentales.

Il faut faire en sorte que policiers et gendarmes puissent travailler mieux.

Il est urgent de recentrer le policier sur son cœur de métier. Les procédures pénales sont trop lourdes. Lorsqu’un jeune rentre dans la police, il est là pour servir le citoyen et lui procurer de la sécurité. Il ne s’engage pas pour passer des heures à remplir des formulaires et des actes administratifs. En moyenne, un policier passe 6 heures au bureau contre une heure sur le terrain. Il faut transformer la procédure pénale. Les sanctions pénales doivent être efficaces et appliquées. Il est nécessaire de débuter une réflexion afin de réformer ce système. Les syndicats préconisent eux aussi le retour des policiers sur le terrain. Pour remédier à ces problèmes, ils proposent plusieurs mesures comme la fin des tâches indues, la refonte des cadres d’enquête, l’allongement de la durée initiale de la garde à vue à 48 heures et la dématérialisation des procédures. On peut également songer à ce que d’anciens agents des forces de l’ordre ou des agents qui ne seraient plus aptes au service sur le terrain puissent exercer ces tâches administratives, alliant leurs compétences et leur disponibilité pour permettre aux agents aptes à se rendre sur le terrain.

Après les attentats de janvier 2015, les policiers avaient été remerciés par la population française pour leur courage et leur dévotion. Quelques mois plus tard, la photo d’un policier pleurant dans les bras de son collègue après le terrible attentat du Bataclan avait suscité une vague d’émotion. Ces symboles sont nécessaires pour nous rappeler que derrière l’uniforme se cache des hommes.

À ce titre, il est important de rappeler que la prévention et la sensibilisation des citoyens peut et doit jouer un rôle majeur dans notre société. En effet, il est impératif de sensibiliser les citoyens aux missions de nos forces de l’ordre, car ce n’est qu’avec une meilleure compréhension de leurs missions et de leur engagement que les forces de l’ordre seront justement respectées.

A l’inverse, les images du lynchage de deux policiers à Champigny-sur-Marne, lors du Nouvel An étaient d’une violence inouïe. Elles démontrent encore la déliquescence d’une partie de notre société vis-à-vis de ceux qui représentent l’ordre et la sécurité dans notre pays.

Il ne faut jamais oublier que nos forces de l’ordre et nos militaires ont toujours été en première ligne lors des attentats terroristes qui ont frappé notre pays. Ils sont le seul rempart entre la barbarie et la population innocente. Si nous ne les soutenons pas, pourquoi risqueraient-ils leurs vies pour nous ? Il est de notre devoir en tant que peuple d’être aux côtés de ceux qui nous protègent.