Tribunes / avril 8, 2018

Le service militaire adapté : une boussole pour une jeunesse en manque de repère

De confusions et de doutes, le service national de Monsieur le Président de la République en est un fort bon plat. Nul ne sait, peut-être pas lui-même, les exactes dispositions de ce service. Il dit que son service aura « une partie obligatoire de trois à six mois ». On le dit civique et non militaire. Mais difficile de séparer les rumeurs des vérités. Ce que nous savons en revanche, c’est que ce service ne servira personne, car qui en bénéficierait réellement ? Les ministres qui se renvoient le dossier comme une patate chaude de peur de voir et leur temps, et leur budget ponctionnés par un projet si douteux ? Certainement pas. Les militaires alors ? Non plus. S’ils sont partisans d’un service national, ils ne le serraient pas de celui-ci, dont les formes ont l’air plus arrondies que militaires. Les jeunes alors ? Certes non, car ce service-ci passerait à côté de tous les objectifs à remplir pour les remettre sur le droit chemin. 

Le service « national », ayant succédé au service militaire en 1965, devient de moins en moins militaire pour être suspendu en 1996. Il n’est plus obligatoire certes, mais depuis 2015, toute personne volontaire et apte peut l’effectuer, sur le modèle du SMA (Service Militaire Adapté), créé en 1961 et aujourd’hui étendu à tous les DOM-TOM, aux fins d’aider les jeunes majeurs sans emploi et sans formation à s’insérer convenablement dans notre société. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs proposé, pendant la primaire de 2016, d’introduire le SMA en métropole mais en supprimant son caractère volontaire pour ces mêmes jeunes. 

Laissons les chiffres aux vrais connaisseurs, car premièrement en connaître quelques-uns ne fait de personne un expert, et deuxièmement, peu nombreux sont ceux qui peuvent se faire une idée de la valeur de quoi que se soit une fois franchi le seuil de la centaine de millions d’euros. Délestés de cette mauvaise habitude, il nous est maintenant permis de nous exprimer librement. 

Plus qu’une bataille ordinaire dans la guerre de comptables permanente que nous vivons, le service « national » opposent deux visions de notre société : ceux qui veulent rompre avec la conception républicaine du « citoyen-soldat » en professionnalisant l’armée, essentiellement pour satisfaire leur nature économe, et ceux qui voient dans l’armée un formidable moyen d’action sociale, renforçant le concept de Nation dans le coeur de chacun. En somme, une vision à court terme et une à long terme, une vision d’un constat à « honorer » et un autre d’un constat à dépasser. 

La volonté de mettre en place un service « civique » obligatoire (en partie) est un aveu, celui de l’échec de toutes les instances familiales, religieuses et publiques. Leur échec à transmettre des valeurs civiques, qui sont les dernières qu’un homme puisse posséder. Leur échec à perpétuer ces valeurs dans le coeur de chaque citoyen français. Leur échec pure et simple. Le vide que la République laisse dans ces coeurs est aussitôt comblé par la couardise, la paresse et le culte de l’argent pour l’argent. Si la République a été poussée hors de ces coeurs, sur quoi peut-elle se reposer ? 

Écarter sa patrie du coeur d’un enfant, c’est lui retirer toute possibilité d’élévation morale. Tout Homme a une patrie à aimer. 

Comment croire que cette jeunesse soit le rempart contre n’importe quel ennemi de la France, elle qui ne voit personne essayer de la défendre ? 

Dans un service « civique », nous demandons à des militaires, en plus de leur profession naturelle, d’assumer la responsabilité de toutes ces instances qui ont échouées. Et l’on voudrait faire subir au bras armé de la Nation les mêmes frustrations que nos professeurs ? Il devraient être psychologues, diplomates, politiques, soldats, parents, et quoi d’autre encore ? 

Nous pouvons mettre en place le service « civique » avec un service militaire facultatif, mais ce serait un organe bien inutile dans notre République. Ce service « civique » ne fera que réaliser une adhésion éphémère par syllogisme des anti et pro-service militaire sur un même projet, une méthode particulièrement appréciée du gouvernement, méthode qui est d’une faiblesse remarquable.
Cette solution à court-terme ne règlera en rien les problèmes qu’elle est censée résoudre. Inutile d’ajouter au chaos de la situation cette idée fade et mesquine. L’armée souffre déjà terriblement d’une mauvaise réputation; on y trouverait des éléments peu alertes intellectuellement, alors que la vérité est toute autre. Les ouvrages militaires pullulent, les conférences et autres rencontres intellectuelles en son sein sont nombreuses, et se serait lâcheté et bonhommie que de penser le militaire benêt et éloigné des livres. 

Il existe la solution d’un service militaire obligatoire, indispensable au salut collectif. Observez avec quelle attention les jeunes sont attaqués sur bien des fronts pour les forcer à abandonner de formidables valeurs, de celles qui élèvent un peuple. Observez la subversion que nous subissons. Certains disent à notre jeunesse de fuir l’effort, pour lui dire que tout travail intellectuel ou spirituel est vil, que tout volonté personnelle est vile, pour lui dire qu’elle n’appartient à aucune terre, qu’elle n’a besoin que d’argent pour mener la vie bonne et qu’il est amusant d’être ignorant. Notre jeunesse a grand-peine à résister à certains groupes d’enragés voulant inhiber tout désir, toute pensée propre en échange d’un ventre plein et de l’assurance de ne jamais être différent. 

Mais quelle est cette jeunesse qui a peur ? Cette jeunesse qui a peur de son potentiel immense, qu’elle regarde avec effroi, car on lui a enseigné de s’en méfier. Notre jeunesse, cette grande peureuse, elle qui constitue pourtant notre réserve nationale, est ainsi figée, comme nos espoirs, faisant l’expérience de l’affreux sentiment que de se savoir être une force inemployée. 

Il ne s’agira pas de réunir en un point des individus déracinés, pour les forcer à établir un contrat social entre eux, comme si chaque personne était son propre gouvernement. Il ne s’agira pas non plus de demander à des militaires de se donner en spectacle pour chasser de l’esprit de ces jeunes l’ennui. Comment diable sommes-nous arrivés à cette extrémité où, sachant le contexte mondial actuel, nos militaires n’auraient pour seul ennemi que l’ennui des jeunes ? Comment avons-nous atteint ce point où toute l’éducation du jeune est sacrifiée dans un élan d’excitation de certains voulant le triomphe des idées sur la science ? 

En confiant notre jeunesse à notre Armée, à qui elle donnera le goût de l’effort qu’elle n’a jamais connu, nous ferons de ce bouillonnement intellectuel qu’est l’Armée un « vecteur de talents ». Ainsi cette jeunesse en proie à toutes les perversions car éloignée de toute éducation morale pourra ce reconnaître dans ce grand corps institutionnel. Nous ne pouvons pas laisser aux universités et à internet la responsabilité de la défense intellectuelle de notre pays. Chaque français, quelle que puisse être sa profession future, pourra se reconnaître dans l’esprit éducateur de nos Armées. Les jeunes feront société avec d’autres jeunes qu’ils n’auraient jamais eu l’occasion de côtoyer autrement. Ils arrêteront de s’identifier à un groupe ethnique ou sexuel, mais il verront leur visage dans celui de la Nation. Ils feront l’expérience de valeurs que l’on croyait disparues, comme la fidélité et l’honneur, qu’ils renfermeront dans leur coeur comme leur plus beau trésor. 

Établir un service militaire tel que celui-ci, c’est organiser une défense morale et intellectuelle de notre Nation. C’est pourquoi nous voyons ce service s’établir de la manière qui suit. Tous les jeunes décrocheurs, qui ne pourront pas faire valoir qui sont dans une formation qualifiante, qui ne pourra pas justifier qu’il a un emploi, qui ne pourra pas justifier d’un absentéisme scolaire récurrent devront s’y soumettre. Nous défendons l’idée, comme le faisait Nicolas Sarkozy, d’un service militaire obligatoire mais qui leur soit adapté. Le but est simple : leur redonner le gout de la discipline, de l’effort, de se lever tôt, et enfin bien sûr les faire adhérer aux valeurs de la République.

Une fois l’âge de dix-huit ans révolus, ces jeunes devront subir un entraînement militaire similaire à celui des soldats. Ce service durera quatre mois. Ils seront encadrés par des officiers et des sous-officiers comprenant l’intérêt et les enjeux d’une telle mission, connaissant le parcours de chacun des jeunes. Ces derniers seront élevés par un corps d’armée leur inculquant au mieux respect et cohésion. Ils alterneront entre entraînements physiques, instruction globale, temps d’échanges et lecture. Nous veillerons à mettre en place des compétitions sportives et intellectuelles entre compagnies.

Ce qu’apporte le service militaire au jeune de plus que le service civique, c’est qu’elle ferait de lui un militaire, ou du moins un de ses proches parents. Le militaire est ce type d’Homme qu’attire la noblesse morale, ce type d’Homme ne servant ni sa personne, ni des partis, ni une économie, ni des régimes, mais cette haute idée de la France. Quelle que puisse être son origine sociale, homme ou femme. Une éducation militaire lui fournira les outils propres à sa construction à la fois personnelle et nationale. Cette éducation lui montrera la valeur d’une vie. Son éducation militaire grandira notre citoyen pour en faire un adulte, avec pour famille sa Nation. 

Le caractère obligatoire de ce service est fondamental. Autrement la jeunesse actuelle s’en passerait, elle qui fuit tout effort comme un malade refuse son traitement par simple peur de l’aiguille. 

Voyez le formidable potentiel de réalisation sociale et militaire que peut être le service militaire obligatoire. Ce gouvernement a temps de pouvoir mais fait si peu. Il y a ceux qui ont beaucoup mais font peu et ceux qui ont peu mais font beaucoup. L’avenir nous dira dans quelle catégorie notre gouvernement se situe.