Tribunes / mai 27, 2018

Quelle stratégie économique pour la France ?

« Que voulez-vous que j’y fasse, les entrepreneurs n’entreprennent pas. En France, il faut être l’État pour entreprendre de grandes choses ». Cette citation du Général De Gaulle semble résumer la stratégie économique menée historiquement par la France depuis Louis XIV qui se traduit par un fort interventionnisme de l’état.

En effet, c’est avec Colbert que nait une véritable politique stratégique économique en France avec une volonté d’orienter l’économie du pays vers certains secteurs comme le luxe ou la métallurgie par exemple. Nombreux sont les fleurons français qui doivent leur existence à l’intervention de l’Etat : Saint-Gobain, plus vieille entreprise française est le fruit des décisions conjointes de Louis XIV et Colbert, Orano (ex AREVA), fleuron déchu du nucléaire, est le résultat des plans des années 50.  Aujourd’hui encore, l’action des politiques est parfois animée par des réminiscences colbertistes. La nationalisation temporaire des chantiers de Saint Nazaire en Juin 2017 en est la meilleure preuve. Approuvée à plus de 70%, cette mesure démontre que l’attachement des français à l’intervention de l’Etat dans le cadre de la stratégie économique est toujours tenace.

Pourtant, ces dernières années, sinon décennies ont été marquées par un recul, pour ne pas dire abandon, de l’Etat français sur le terrain économique. On ne compte plus le nombre de fleurons tricolores passés sous pavillon étranger. Un quinquennat de socialisme aura été suffisant pour que se produise la pire hécatombe : Alstom, Areva, Alcatel, Lafarge, Technip sont autant d’entreprises qui ont été cédées à des groupes internationaux avec une passivité presque complice du gouvernement.

Ces pertes sont catastrophiques car elles hypothèquent notre avenir en déstabilisant des filières et supprimant l’autonomie stratégique de notre pays.

Aujourd’hui, sans Alcatel, la France n’est plus présente dans les réseaux internet, qui sont pourtant la clé de l’industrie numérique, industrie du futur par excellence.

Sans Alstom, la France ne possède plus de fleuron dans l’éolien ou l’hydraulique, alors que l’on parle sans cesse de la transition énergétique… Pire encore, notre pays est maintenant dépendante vis à vis des Etats-Unis en ce qui concerne l’entretien et le développement de ses sous-marins nucléaires tout comme ses centrales. Alors que la France pouvait se targuer d’être la seule alternative occidentale crédible face aux Etats-Unis dans le nucléaire et l’industrie de l’armement, quel est aujourd’hui l’intérêt pour un pays souhaitant ne pas être sous tutelle américaine d’acheter français ?

Face à ce constat alarmant, l’Etat semble ne pas avoir joué son rôle de défense des intérêts stratégiques du pays. Ainsi, qu’elles ont été les évolutions de stratégie économique mise en place par l’Etat et comment expliquent-elles la mauvaise trajectoire prise par l’économie française ? Quelles politiques stratégiques devrait-on mettre en place à l’avenir afin d’éviter que les entreprises françaises soient des proies faciles tout en permettant que la France redeviennent une terre ou naitrons les futurs fleurons du CAC 40?

Pour cela nous identifierons les caractéristiques et les évolutions de la stratégie économique de l’Etat et du capitalisme français de l’après-guerre à nos jours, en essayant de comprendre ce qui a permis de former avec succès nos grands groupes industriels. Nous constaterons le relatif déclassement de nos fleurons depuis les années 2000. Nous essaierons ensuite d’identifier les solutions possibles afin de protéger nos fleurons et de créer une dynamique nouvelle au sein de l’écosystème économique français

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Au sortir de la guerre, la France lie, en partie, le destin de son économie à l’Etat qui va planifier et orienter le développement de certains secteurs considérés comme stratégiques, dans le cadre de la modernisation du pays. La dynamique était la suivante : l’Etat soutient les entreprises privées (Dassault) comme publiques et oriente leur développement en leur faisant bénéficier de la puissance de l’appareil d’Etat (réseau, r&d…) et par le biais d’importantes commandes et de grands projets. Le tout était accompagné d’un certain protectionnisme tarifaire (barrières douanières) et non tarifaire (dévaluation compétitive…) qui empêchait un choc frontal avec la concurrence étrangère parfois plus compétitive. La réussite se produisait lorsque le marché international adoptait les biens et services issus des technologies nationales, comme cela a été le cas dans le nucléaire pour ne donner qu’un exemple.

Ainsi, le nucléaire, le spatial et l’aéronautique sont autant d’industries qui ont vu le jour grâce au soutien sans faille des pouvoirs publics.

Cette logique de développement d’une industrie moderne à marche forcée, sous la tutelle indirecte de l’Etat, a permis à la France de se hisser au rang de grande nation industrielle, 3ieme puissance exportatrice de l’époque. Ses fleurons étaient dynamiques et présents dans tous les secteurs.

Jusqu’aux années 1980 le capitalisme français été caractérisé par une très grande stabilité car s’il n’était pas le résultat de l’initiative publique, il était le fruit de familles d’industriels dont l’actionnariat était familial. A partir des années 80, cette stabilité va être mise à mal par un certain nombre de facteurs qui vont bouleverser aussi bien l’économie française que les moyens et outils de la stratégie économique.

En effet, l’intégration européenne conjuguée aux politiques de désinflation compétitive vont mettre un terme aux politiques étatiques volontaristes. L’Etat va abandonner sa vision colbertiste au profit d’une idéologie beaucoup plus libérale répondant aux exigences européennes de concurrence. De plus, la mise en place de l’acte unique européen en 1986 puis la marche vers une monnaie unique (SME) ont réduit à néant les possibilités de protectionnisme qui accompagnait naguère le colbertisme d’état.

Par conséquent, l’union Européenne ayant fait de la concurrence et des politiques de libéralisation un principe directeur de son action (donc de l’action des Etats signataires), les principaux leviers restant à disposition des pouvoirs publics en terme de stratégie économique étaient (et sont toujours d’ailleurs) : les politiques d’attractivité qui visent à faire en sorte que le pays soit compétitif en terme de cadre légal, juridique, fiscal, de formation, etc… pour favoriser le développement économique en attirant les talents et les entreprises. Le second levier concerne les politiques de privatisation, c’est-à-dire que l’état peut profiter des privatisations pour mettre en place des regroupements d’entreprises en créant des pôles de compétences qui bénéficient d’importantes synergies.

Des années de socialisme et d’immobilisme ne vont pas permettre à la France d’activer le levier de l’attractivité (contrairement à l’Allemagne). C’est ainsi que seule la politique des privatisations, aussi simple à mettre en place que peu contraignante, va être utilisée.

La volonté était de faire des privatisations un vecteur de politique industrielle. Or le problème est que ces privatisations vont être faites en dépit du bon sens, souvent par le biais de mécanismes complexes de participations croisées et sans protéger les intérêts stratégiques du pays. C’est ainsi que l’on va introduire en bourse d’anciens groupes publiques sans mettre en place de mécanismes de surveillance et ce malgré la présence au capital de l’état. France Télécom en est le meilleur exemple. Aucune feuille de route n’a été fixée par l’Etat lors de sa privatisation, conduisant à des erreurs stratégiques puis à la quasi faillite du groupe en 2000.

On va le plus souvent se contenter de faire le marketing des privatisations sans en prévoir les modalités. Aussi, la question des privatisations n’est presque jamais posée en termes stratégiques mais seulement sous le prisme de la conciliation des vus idéologiques du pouvoir en place et de l’achat de la paix sociale.

Acheter la paix sociale, telle est la logique qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. On promet de ne pas fermer Florange alors qu’on sait l’usine condamnée, on commande des TGV pour maintenir en vie le site de Belfort sans proposer pour autant de solutions de long terme… Bref, l’Etat semble avoir perdu toute faculté de décision rationnelle.

L’appareil politique actuel ne semble plus en mesure de répondre aux défis économiques d’aujourd’hui et de demain. Alors que l’on aurait besoin d’une ligne claire, à l’instar des chinois ou les américains qui établissent des plans stratégiques à 10/15 ans, la France pense à court terme, comme incapable de se défaire du traitre piège que représente la pensée électoraliste et clientéliste, accompagnée parfois d’un copinage flagrant…

En effet, les derniers monopoles publics sont gérés par une caste endogame, fruit d’une longue tradition de pantouflage au sein de l’Etat. On place des énarques plutôt que des entrepreneurs qui connaissent la réalité du terrain à la tête d’instance et d’entreprises publique. Lorsque Ségolène Royal avait été nommée vice-présidente de BPI France alors qu’elle n’avait pas de compétence particulière dans ce domaine, on ne pouvait que s’interroger sur la sagesse de cette décision. Heureusement, elle aura été vite remplacée, puisse elle être aussi rapidement oubliée !

Au-delà de cela, les participations de l’Etat sont gérées de manière hasardeuse et en dépit de toute logique stratégique. Il est surprenant par exemple que l’Etat ait vendu des titres de Safran ou de Suez, deux entreprises compétitives dont le savoir-faire est envié dans le monde entier pour acheter des titres d’Air France.

Cependant, on ne peut pas imputer tous les problèmes de la France à son système politique, un certain nombre de faiblesses inhérentes à notre écosystème économique peuvent être également mis en cause.

Un premier problème concerne la structure de l’actionnariat français, peu stable et donc assez vulnérable à des actions hostiles. En effet, contrairement à l’Allemagne dont les grandes entreprises sont financés par les banques, le fameux noyau dur « banque-industrie », ou aux pays Anglos–saxons qui bénéficient de fonds de pensions et d’investissements accompagnés d’une forte participation salariale, l’actionnariat français est instable et morcelé. Cela empêche d’avoir une vision de long terme et rend beaucoup plus vulnérable au diktat du court terme car pour éviter d’assister à une chute du cours de bourse lié à la fuite des actionnaires, l’on est obligé de répondre aux exigences du marché, principalement en versant d’importants dividendes. D’ailleurs, une récente étude d’Oxfam corrobore notre propos en démontrant que la France est le pays au monde où les actionnaires reversent la plus grande part de leurs bénéfices en dividendes aux actionnaires. Depuis 2009, c’est 70% des bénéfices du CAC 40 qui seraient partis en dividendes, ne laissant que 27% au réinvestissement.

Une partie de nos fleurons industriels ont été victimes de cet écueil. Le propre de l’industrie, c’est qu’elle nécessite de lourds investissements en CAPEX dont l’optique est le long terme. Or sans actionnariat stable, il est impossible de réaliser les lourds investissements qui sont consommateurs de cash, détériorant la performance financière de l’entreprise, seul performance qui compte pour actionnaires « flottants », se traduisant par une chute du cours de bourse.

C’est le cas typique d’Arcelor, plus gros groupe sidérurgique au monde en 2005, l’une des premières capitalisations du Cac 40, qui n’a pas pu contrer l’OPA hostile de Mittal de 25 milliards d’euros par faute de soutien de ses actionnaires. L’actionnariat du groupe était morcelé, l’absence de majorité de contrôle et donc de consensus dans les décisions prises a fait défaut au groupe qui finalement n’a pas pu résister.

Le diktat du court terme impose de répondre aux exigences des financiers, qui mesurent la performance avant tout par des ratios. Ainsi, c’est pour plaire aux marchés que l’ancienne CGE (Compagnie Générale d’Electricité) a été divisée en plusieurs entités (Alstom et Alcatel) alors qu’elles étaient bien plus robustes ensemble.

C’est pourquoi la France manque cruellement de véhicules du même type que les fonds de pension anglo-saxons, qui flèchent l’épargne des ménages en bourse et qui sont coutumiers de ces investissements car leur horizon d’investissement dépasse souvent 10 ans.

Pour finir, un autre problème de taille concerne la quasi impossibilité de s’organiser en filière en France et en Europe, notamment parce que la commission européenne a avant tout peur des monopoles. Ainsi, on empêche la création de leaders mondiaux à cause d’une idéologie « ordo libérale » contestable.

Lorsque Schneider Electric voulut fusionner avec Legrand en 2002, la commission refusa sous prétexte de création de monopole, alors que la fusion faisait sens en termes de complémentarité et qu’elle permettait de créer le leader mondial de l’équipement électrique, seul groupe européen capable de rivaliser avec les américains.

En plus de cela, la commission ne fait rien pour favoriser la création de champions. Le pire gâchis concerne certainement la téléphonie mobile : alors que l’Europe était leader dans ce domaine jusqu’au milieu des années 2000, l’incapacité à s’organiser en filière, contrairement aux chinois, a été fatale à notre industrie. Si la commission avait autorisé voire favorisé le rapprochement d’Alcatel, d’Ericsson, de Nokia et de Siemens lorsqu’il était encore temps, peut-être aurait on aujourd’hui un « IPhone européen »… aujourd’hui nous n’avons plus rien.

Nos solutions

Nous pensons qu’il faut aujourd’hui repenser le rôle de l’Etat afin de redéfinir les axes de la stratégie économique et de repartir sur de nouvelles bases plus prospères et porteuses d’espoir.

Nous, Républicains, sommes les descendants d’une longue tradition libérale et pour cette raison, nous mettons au centre de nos préoccupations le concept de liberté, principe central qui guide notre action et qui habite nos convictions (alors que le socialiste se préoccupe avant tout de l’égalité). De ce fait nous ne considérons pas l’Etat comme une fin en soi, bien au contraire, nous ne voyons l’Etat que comme un moyen vers plus de liberté.

Comme nous pensons que l’Etat doit favoriser et protéger la liberté, il semble logique que l’Etat mette en place un arsenal législatif et prennent un certain nombre de mesures visant à protéger la nation contre toute atteinte à son autonomie (de laquelle découle notre liberté) – tout comme il nous semble d’ailleurs concevable de mettre en place un système de sécurité sociale ou d’assurance chômage, car l’individu n’est véritablement libre que lorsqu’il est libéré du joug de la nécessité, les socialistes n’ont pas le monopole du cœur !

Ainsi, nous pensons que l’Etat doit jouer un rôle plus important dans la protection des entreprises par la mise en place de nouvelles législations.

Il existe aujourd’hui un certain nombre de directives visant à protéger les entreprises stratégiques françaises, notamment l’article L. 151-3 du code monétaire et financier qui organise « un régime d’autorisation préalable pour les investissements étrangers réalisés en France dans une activité qui, même à titre occasionnel, participe à l’exercice de l’autorité publique ou relève de l’ordre public, de la sécurité publique ou des intérêts de la défense national », ce que l’on appelle plus simplement les « secteurs stratégiques ». Cette législation est insuffisante car d’abord, la notion d’entreprise stratégique reste floue et en outre, l’Etat oppose rarement son véto face au lobbying des grands groupes internationaux et aux intérêts que peuvent tirer certains élus. 

Pour éviter tout conflit d’intérêt nous préconisons la mise en place d’une législation beaucoup plus contraignante qui interdirait, purement et simplement, une prise de contrôle majoritaire (i.e. + de 50% du capital) par un acteur étranger des entreprises nationales indispensables à la survie d’une filière stratégique sauf si la survie de l’entreprise elle-même est en jeu. Ainsi, avec cette mesure, General Electric n’aurait jamais pu acquérir la totalité d’Alstom, il aurait pu par contre crée des co-entreprises détenues à 51% par les français, préservant ainsi le savoir-faire.

De plus, alors que le feu vert pour le rachat est donné jusqu’à présent par le ministre de l’économie (qui ne fait que respecter la décision prise par le président), nous proposons que la décision soit également du ressort du parlement afin d’assurer une plus grande transparence dans l’opération.

Egalement, nous recommandons de mettre en place une législation dissuasive en cas de non-respect des promesses réalisées par les investisseurs étrangers lors des rachats d’entreprises françaises. Il est assez fréquent que, dans le but de rassurer les pouvoirs publics et l’opinion, les entreprises étrangères promettent énormément de garanties (r&d, emploi) qu’elles ne tiendront jamais. Ainsi, sur les 1000 créations d’emplois promises par GE, nous n’en sommes qu’à 350. Des amendes pouvant monter jusqu’à 100% du prix du deal pourraient être mises en place en cas de non-respect des engagements.

En parallèle, nous sommes favorables à la création d’un nouveau statut pour les entreprises considérées comme stratégiques. Pour ces entreprises l’objet social ne serait plus seulement « La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter» comme le stipule l’article 1832 du code civil mais plutôt « La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter, tout en respectant ses devoirs stratégiques envers le pays. Pour cette raison, il n’est pas possible de répondre à toutes les exigences des actionnaires, notamment lorsque l’indépendance stratégique du pays est en jeu». Les entreprises sous ce statut seraient soumises à de nouvelles lois ayant pour but d’éviter d’aligner les intérêts de managers sur ceux des financiers (lois interdisant la rémunération par des dirigeants par stock-options, cloisonnement des activités, nomination d’un conseil d’administration indépendant…), favorisant ainsi la pensée à long terme.

En effet, la gestion dans une optique financière est rarement conciliable avec une gestion stratégique axée sur le long terme. Est-ce parce que la vente/achat d’une filiale va rapporter aux actionnaires qu’il faut pour autant le faire ? Il est insupportable de voir que pour réaliser 16% de marge on puisse sacrifier des engagements de long terme.

Enfin, il serait judicieux de créer plus de liens entre l’Etat et les entreprises. Le « droit à l’erreur » est un très bon premier pas dans ce sens. Dans cette optique de renforcement des liens, nous serions favorables à l’augmentation des moyens alloués à la DGSE pour sa section dédiée à l’intelligence économique. En effet, la guerre économique à laquelle se livrent les grandes puissances est une réalité. Avoir des informations en avance concernant des marchés, des appels d’offre, des enquêtes judiciaires étrangères est un vrai avantage qui permet de résister à la concurrence étrangère. Dans le cas d’Alstom, c’est l’amende américaine qui a précipité la fusion. Si l’entreprise avait été mise au courant en avance par les renseignements français, peut-être aurait-elle pu mieux s’y préparer.

Cet ensemble de mesures que l’on considère comme défensif, doit être également accompagné d’un arsenal de mesures plus offensives afin que la France puisse regagner en dynamisme.

L’Etat doit retrouver sa place originelle qui est de faciliter, de révéler et d’exhausser les créations du génie français. En effet, il arrive que l’initiative privée n’ait pas la force, la robustesse ou la volonté de concrétiser ses idées. C’est dans ce cadre que doit intervenir l’Etat. Nos fleurons sont tous nés de paris osés voire insensés, l’Etat doit permettre à ces paris d’exister. 

Ainsi, en matière d’intervention économique nous pensons que le rôle de l’Etat est d’être « créateur de filière ». C’est-à-dire que si le pays ne dispose pas d’une filière jugée stratégique et que rien ne laisse penser que le secteur privé sera capable de s’organiser de telle sorte, alors l’Etat doit intervenir et activer tous les moyens à sa disposition dans le but de créer cette filière au sein de notre économie.

Aujourd’hui, nous pensons qu’il est important de concentrer les investissements sur deux ou trois filières prioritaires afin de concentrer les moyens et d’avoir de vrais résultats.

D’après nous, l’intelligence artificielle, la transition écologique et énergétique, les objets connectés ainsi le transport de demain sont les secteurs où devraient se concentrer les investissements de l’Etat car ils sont la clé de l’avenir économique et ont des répercussions sur l’ensemble des secteurs de l’économie.

Ainsi, et même s’il manque encore d’envergure avec une absence d’objectifs clairs, le plan pour l’intelligence artificielle mis en place par Emmanuel Macron semble aller dans ce sens. Aujourd’hui le pays ne dispose d’aucun champion dans l’intelligence artificielle, la filière est à créer et aucun acteur n’a atteint une taille critique qui permette de faire face à la concurrence internationale. L’Etat a donc un rôle à jouer, par le biais de subventions, de commandes et de la mobilisation de la recherche afin de créer une filière solide.

Un autre volet de ces stratégies offensives concerne l’attractivité du territoire. Pour permettre aux filières de se créer, l’Etat doit mettre en place un cadre légal favorable aux entrepreneurs et à la création de richesse en général. Nous ne développerons pas ce point tant la liste de mesure est longue et connue de tous (lire nos autres tribunes qui proposent des pistes). Nous nous bornerons, autant que faire se peut, à décrire les principaux points : mettre fin à la fiscalité confiscatoire pour les ménages et les entreprises, simplifier drastiquement nos administrations, réglementations, lois etc… permettre une lisibilité (1 seul taux d’imposition beaucoup plus bas et supprimer les niches fiscales, simplification du code du travail) mettre le taux réel en taux légal, favoriser l’investissement productif des entreprises via le rétablissement du sur-amortissement, favoriser les partenariats université-entreprise…

Repenser le financement de l’économie :

Un autre axe majeur concerne la réforme du financement de l’économie. En effet, nous pensons que l’Etat doit repenser le financement de l’économie afin qu’il soit plus compatible avec les engagements de long terme. C’est pourquoi nous recommandons de favoriser l’actionnariat salarié (voir les 12 propositions issues du rapport de 2017 de la fédération Française des Associations d’actionnaires salariés) notamment pour les sociétés cotées car il renforce la confiance des salariés dans leurs entreprises qui leur redistribue une partie des bénéfices. Il permet également de structurer le capital de l’entreprise et de le stabiliser car l’actionnariat salarié est un actionnariat de long-terme conscient des besoins en investissements de l’entreprise. Il permet ainsi d’assurer une réelle souveraineté économique et stabilise notre économie.

Une autre piste intéressante consisterait à créer de vrais fonds de pension à la française qui flécheraient l’argent des épargnant souhaitant se constituer un patrimoine de long terme vers les sociétés cotés.

Concernant nos PME et ETI, le financement par des fonds d’investissement (également connus sous le nom de Fonds de « Private Equity » semble être une alternative de qualité au financement bancaire ou au rachat par la concurrence pour des entreprises souhaitant se développer à l’international. On pourrait imaginer la création d’un produit d’épargne dédié au financement des PME. L’enjeu serait de répondre aux attentes des français en terme de risque tout en permettant un financement efficace des PME et ETI en croissance mais dont l’investissement par une entrée au capital est par nature risqué. Une solution pourrait être que l’Etat garantisse le capital de ce nouveau produit qui fonctionnerait comme une obligation à taux variable. En fonction de la performance des participations le taux de l’obligation évoluerait.

Pour ne pas décourager les épargnants et investisseurs, l’Etat se doit de mettre en place une fiscalité du capital beaucoup plus avantageuse qu’aujourd’hui, la flat tax sur les revenus financiers mise en place par monsieur Macron va dans le bon sens. Pour aller plus loin, Il serait judicieux de baisser le taux de forfait social applicable aux abonnements des employeurs sur des plans d’actionnariat salarié.

Repenser l’Europe

Nous avons vu précédemment que l’Europe a joué un rôle non négligeable dans la désindustrialisation du pays. Sa politique anti trust est en cause car elle empêche la création de champions Européens et c’est pourquoi il faut y mettre fin au plus vite. Il est également nécessaire que Bruxelles se batte pour protéger nos entreprises notamment face aux législations et politiques commerciales étrangères agressives. Lorsque les Etats-Unis se permettent, avec leur principe d’extraterritorialité du droit, d’infliger des amendes record à nos sociétés, pourquoi ne faisons-nous pas de même ? Pourquoi est-ce que la commission reste elle de marbre lorsque les entreprises chinoises rachètent des sociétés européennes alors que l’opération n’est pas possible dans le sens inverse ? Egalement, suite à la décision de monsieur Trump de se retirer de l’accord nucléaire Iranien, les Etats-Unis menacent les entreprises européennes de représailles si elles ne quittent pas l’Iran sous 3 à 18 mois alors qu’elles ont signé des contrats juteux et créateurs d’emplois, nous nous devons de répliquer. 

L’union européenne devrait s’affirmer d’avantage pour condamner ces pratiques unilatérales et impérialistes. N’ayons pas peur de prendre des mesures de rétorsion envers les américains. Il ne faut pas oublier qu’à 27, nous pesons autant qu’eux et plus que les Chinois.

Ainsi nous pensons que le rôle premier de l’Europe (dans le cadre de la problématique de la stratégie économique) c’est de faire le poids face au bellicisme commercial des autres puissances de ce monde. 

Enfin, nous considérons qu’il est nécessaire de repenser l’Europe afin de mettre en place une politique industrielle plus offensive à l’échelle du continent. En effet, relancer des grands plans d’investissement franco-français semble aujourd’hui chimérique car nous ne faisons plus le poids face aux autres grandes puissances industrielles. Alors que la France compte investir 1,5 milliards d’euros dans l’intelligence artificielle, la Chine a prévu de dépenser 100 milliard dans ce même domaine. Mutualiser les programmes de recherche de tous les pays en un seul fonds piloté à l’échelle européenne pourrait être un bon moyen de rester dans la course mondiale.

Conclusion :

Aujourd’hui, la France dispose encore d’un grand nombre d’entreprises stratégiques mais ce noyau n’est plus aussi solide et complet qu’auparavant. Pourtant notre pays ne manque pas d’atouts : son peuple est bien formé, son territoire est riche en infrastructures et le pays dispose encore de nombreuses entreprises performantes. Il est donc encore temps de construire des filières dans les industries du futur.

L’Etat doit comprendre que l’économie est la clé de voute de sa crédibilité et de son influence internationale. Si l’on écoute la France aujourd’hui, c’est parce que le pays était indépendant au niveau énergétique, militaire…

La reconquête économique ne se fera ni par le biais d‘un étatisme stérile, ni par un libéralise dogmatique, mais une chose est claire, cela demande un changement de paradigme concernant la conception de la stratégie économique en France et en Europe.

Alors que jusqu’à aujourd’hui l’Etat a eu tendance à soutenir des entreprises au business model non viable, nous considérons que le rôle de l’Etat est avant tout d’être créateur et défenseur de filière.