Tribunes / décembre 3, 2017

Plan Climat : la lutte contre le réchauffement climatique est-elle forcément l’ennemie du pouvoir d’achat ?

Annoncées dès le mois de septembre par le Ministre de la Transition écologique et solidaire, les quatre premières mesures du Plan Climat soufflent le chaud et le froid : favorables aux ménages modestes d’un côté, punitives au plan de la fiscalité de l’autre, quelle stratégie pour limiter le réchauffement global à 2°C ?

Les Accords de Paris ont marqué un tournant dans la lutte internationale contre le réchauffement climatique : après des décennies de confrontations sur la réalité de ce réchauffement, le temps est venu pour chaque Etat de mettre en œuvre des mesures concrètes. La France a pris la tête de ce combat sans frontières lors de la COP21, puis face à la décision de Donald Trump de mettre fin aux engagements américains.

La même volonté a ensuite conduit l’actuel gouvernement à prendre, dès le mois de septembre, quatre mesures présentées comme incitatives et non punitives, et dirigées essentiellement vers les ménages modestes.

Certaines mesures d’accompagnement vont indéniablement dans le bon sens : l’extension du chèque énergie à quatre millions de ménages, ou le coup de pouce accordé aux particuliers pour le remplacements des chaudières au fioul par des équipements plus « verts », jusqu’à 3000 euros, sont des travaux que les foyers les plus modestes ne pourraient jamais réaliser sans un tel soutien.

La solidarité climatique, cependant, a tendance à tomber dans son propre piège en se limitant aux seules catégories de population les plus défavorisées. Le crédit d’impôt transition énergétique, qui doit être transformé en prime dès 2019, et versé dès la fin des travaux, aurait pu couvrir plus largement la population française pour accélérer la rénovation des logements.

Privilégier systématiquement les ménages modestes en matière d’efficacité énergétique ne peut décidément pas être la seule réponse apportée aux Français. Le pouvoir d’achat des classes moyennes ne permet pas de mener à bien ces travaux, et ceux-ci se voient systématiquement exclus des mesures d’accompagnement.

Pour marquer plus encore le nécessaire engagement de tous dans la rénovation, ce Plan Climat aurait sans doute gagné à intégrer une mesure spécifique aux classes moyennes.

La quatrième mesure, destinée à réduire le nombre de véhicules polluants, vient quant à elle entacher fortement l’effort de solidarité réalisé par ailleurs.

Si nous ne pouvons que saluer la prime à l’électrique revalorisée jusqu’à 2500 euros, et la généralisation à tous les Français propriétaires de véhicules diesel d’avant 2001 ou essence d’avant 1997, la hausse de la fiscalité sur le diesel pénalise tous les ménages, quel que soit leur niveau de vie. Ces mêmes ménages à qui on a expliqué pendant des décennies qu’il fallait acquérir un véhicule diesel plutôt qu’un véhicule essence !

Et quand bien même, le diesel demeure en effet plus polluant au même volume dégagé, ne nous leurrons pas : plutôt qu’un alignement des taxes sur le niveau actuel, c’est bien une hausse de l’essence qui est aussi envisagée.

Nous voulons tous un air plus sain à respirer, et des véhicules moins polluants. Est-il cependant nécessaire d’opposer environnement et pouvoir d’achat lorsque nous agissons pour le climat ? L’écologie doit-elle rimer avec hausse de la fiscalité, ou au contraire offrir des solutions pour inventer l’industrie, les transports, et les logements de demain ?

C’est face à un débat plus profond encore, celui de notre vision de l’avenir, que se confrontent les mesures environnementales.

Le vert est pavé de bonnes intentions, mais engage souvent de bien mauvaises actions. Le monde plus durable que nous souhaitons pour demain se fera avec des idées, pas avec des idéologies.