Tribunes / novembre 26, 2017

Lutte contre le harcèlement scolaire

La République a construit l’école. L’école, elle, a instruit les enfants de la République. Cette semaine avait lieu la Journée internationale du droit des enfants et c’était l’occasion d’évoquer un sujet qui concerne 700 000 élèves en France : le harcèlement scolaire.

Le harcèlement scolaire se manifeste par des violences verbales ou physiques, répétées, d’un ou plusieurs élèves, envers un autre. Une violence qui produit l’isolement de la victime, pouvant alimenter des tendances dépressives ou suicidaires, et provoquer du décrochage scolaire. Ce phénomène concerne essentiellement les élèves du primaire et du collège, touche un élève sur dix et est une parmi tant d’autres qui ont été récemment mises sur le devant de la scène politique, en raison des actualités. Chaque année, ces dernières sont tristement ponctuées de tragédies liées au harcèlement. Le harcèlement scolaire n’est pas à prendre à la légère : les conséquences sont graves tant au cours de la vie d’enfant des victimes que dans le développement de leur vie d’adulte. Les témoignages des victimes qui brisent le silence est évocateur : une sensation d’abandon à plusieurs échelles : que ce soit au niveau des proches ou des établissements scolaires eux-mêmes. Si le premier s’explique (mais ne se justifie pas) par le renfermement des victimes, le second traduit un malaise plus profond. Ce drame qui touche les enfants a longtemps était négligé car la situation a toujours été minimisée par certains directeurs et proviseurs, par crainte notamment que de tels actes nuisent à la notoriété de leur établissement.

Le gouvernement a annoncé vouloir engager un examen de la situation pour adapter les réponses à mettre en œuvre, ce qui est louable. Toutefois, ce phénomène est ancien et les réponses aujourd’hui appliquées ne sont pas à la hauteur de la gravité de la situation, c’est pourquoi des réponses concrètes sont attendues, à l’instar d’une meilleure formation des enseignants pour déceler la pratique de ce genre de comportement. En effet, l’un des leviers pour prévenir et lutter contre la violence à l’école est la formation initiale et continue des personnels comme les professeurs, mais aussi notamment des Conseillers Principaux d’Education (CPE). Ces derniers sont en effet les premiers à être confrontés aux victimes de ces faits de violence et doivent être en mesure de repérer les premiers signes de crise ou de harcèlement et répondre de manière appropriée à ces faits qui se déroulent le plus souvent dans les cours de récréation. Il faut enfin plus de pédagogie à l’endroit de ces quelques proviseurs afin de les inciter à ne plus glisser sous le tapis ces agissements au motif qu’ils font passer la réputation de leur établissement avant le bien-être de ceux qui le fréquentent.

Mais la seule prévention dans les établissements scolaires ne saurait suffire. En effet avec l’avènement des réseaux sociaux, ce phénomène est sorti des murs des écoles pour poursuivre les victimes jusque chez elles, augmentant le sentiment d’oppression.

Le cyber-harcèlement concernerait 1 élève sur 5 selon le ministère de l’Education Nationale. C’est pourquoi des dispositifs doivent être mis en place pour rassurer les élèves en les incitant à briser le silence, seul moyen de résoudre un problème omniprésent pour ceux qui sont touchés.

Dans ce domaine, le statu-quo n’est pas une issue concevable. Qu’un numéro de téléphone sois mis en place ou un clip vidéo soit réalisé n’ont jamais résolu seuls un problème. C’est tout un travail de pédagogie, mais aussi possiblement d’éventuelles sanctions adaptées mais renforcées, qui devraient être mises en place. Toujours dans le domaine de la prévention, il pourrait être opportun que des représentants des forces  de l’ordre accompagnés de psychologues puissent circuler à travers les établissements pour exposer les effets de ce phénomène sur les victimes, ainsi que les sanctions encourues. Du côté des sanctions, les harceleurs âgés de plus de 13 ans sont en effet actuellement passibles de 6 mois de prison et de 7 500 euros d’amende, peine qui peut évoluer en fonction de circonstances aggravantes ou de la violence du comportement, qu’elle soit physique ou psychologique. Mais ces peines ne sont et ne seront jamais prononcées par un juge, raison pour laquelle il serait peut-être préférable de substituer à la prison une peine à vocation pédagogique.

Pour endiguer ce fléau, chacun doit rompre la loi du silence et oser en parler.

Parce que l’objectif premier de l’Education Nationale est d’assurer le bien être et la réussite de nos enfants, chacun doit prendre en mesure que le harcèlement à l’école est en effet un combat qu’il faut mener de toute urgence !